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Dry January : et si on passait au cocktail littéraire ?

De Thomas Chouanière • janvier 10, 2024Sélections & décryptages

Après la longue période des fêtes ininterrompues de décembre, et leur lot d'excès divers, le mois de janvier est traditionnellement dévolu à la sobriété. En témoigne le succès du Dry January, une campagne de santé publique incitant les adultes à s’abstenir de boire jusqu'au 1er février. En guise de produit de substitution à l’alcool, nous vous proposons donc notre carte de cocktails de livres à découvrir pour remplacer les libations terrestres par quelques nourritures spirituelles.

Nos cocktails classiques

Kir

Et si le bonheur était simple comme une recette historique réalisée avec les produits du terroir ? Pour ce mois de janvier « au sec », cap sur les régions françaises avec notre premier cocktail littéraire. Ses ingrédients principaux ? Une période historique pour fournir du corps au récit, une province pour donner une saveur intéressante au roman. On commencera cette escapade spatio-temporelle en Provence au temps de l’exode rural avec Regain de Giono, enchaînera en Bretagne avec Les Chouans, l’authentique roman historique balzacien, avant d’aller s’aérer en Normandie le temps de Nez-de-cuir, adaptation en BD d’un classique du récit provincial aristocratique, narrant la vie d’un Dom Juan défiguré. Autant d’époques et de terroirs où se dépayser pour bien débuter l’année.

Notre recette :

Une pinte de Chouans

Une chopine de Regain

Un demiard de Nez-de-cuir

Margarita

En ces temps de sobriété énergétique, le voyage vers Acapulco dès le mois de janvier semble quelque peu chimérique. À celles et ceux qui salivent d’avance en songeant à leur verre pris au bord de l’océan, aux siestes en transat et aux courtes nuits mexicaines, point besoin de se rabattre sur la tequila importée : l’esprit du Mexique, de son histoire, de ses habitants, voyage jusqu’à nous par la littérature. Ceux qui voudront en disséquer l’essence feront halte chez Jorge Volpi, grand érudit capable de représenter son pays comme un corps humain dysfonctionnel, tandis que les lecteurs avides de destins romanesques typiques d’Amérique centrale se loveront dans les livres de Carlos Fuentes, en particulier Les Années avec Laura Diaz ou dans ceux de Laura Esquivel.

Notre recette :

Un fond d’Examen de mon père

Une rasade de Les Années avec Laura Diaz

Une larme de Vif comme le désir

Manhattan

S’il y a bien une ville dont les vibrations seules suffisent à griser l’esprit et à provoquer ivresse et vertiges, c’est New York. L'alcoolisation n'est pas nécessaire pour ressentir la fièvre, l’émotion collective, et l’étrange sensation de vie permanente qui en émane : les plus grands auteurs ont consacré à Big Apple des œuvres passionnées, rythmées par un style souvent haché, représentatif de la circulation urbaine. Que l’on songe au roman choral Manhattan Transfer qui a permis à Dos Passos d’acquérir son statut d’écrivain new-yorkais par excellence, aux tribulations existentielles de Paul Auster le temps de Cité de verre ou aux pensées retranscrites avec une grande liberté de ton par Vivian Gornick dans La Femme à part, le caractère unique de la ville se retrouve parfaitement dans les écrits de notre cocktail exclusif.

Notre recette :

1/3 de Manhattan Transfer

1/3 de La Femme à part

1/3 de Trilogie new-yorkaise


Nos cocktails modernes

B-52

Comme son nom – désignant un bombardier à réaction – l’indique, le B-52 est sans doute le plus explosif des cocktails. Le plus incandescent aussi. Et seule la littérature parvient à dépasser l’intensité et la flamme de ce type de breuvage ardent. Nos stylistes préférés, nos plumes les plus libérées, allient poésie et prose, vocabulaire et syntaxe, afin de faire de nos lectures des moments de pures expériences sensorielles. Démonstration avec quelques titres capables de retourner bien des têtes en ce mois de Dry January : À la ligne, feuillets d’usine, texte halluciné du regretté Joseph Ponthus narrant le travail à la chaîne comme jamais auparavant. Ou Pleine terre, vie et traque d’un paysan assailli par l’ordre administratif kafkaïen. Sans compter La Route des Flandres, roman de débâcle au souffle polyphonique unique, mais aussi Vente à la criée du lot 49, surréaliste enquête à la frontière de la folie qui débute par une gueule de bois, comme par hasard !

Notre recette :

2 cl d’À la ligne, feuillets d’usine

2 cl de Pleine terre

2 cl de La Route des Flandres

À flamber avec Vente à la criée du lot 49

Sex on the beach

Heureusement, la sobriété n’est pas synonyme d’abstinence. Le cocktail le plus sucré de notre carte invite les lecteurs à utiliser leur cœur plutôt que leur foie, et à se noyer dans l’amour physique plutôt que dans l’éthanol. Cap donc sur ces textes à lire sur l’oreiller, en se rappelant que le désir s’accompagne fort bien de l’eau claire : c’est ce que l’on pourra retenir de L’Homme que je ne devais pas aimer, roman sur la dépendance amoureuse totale qui lie une mère de famille à un… barman. Plus juvéniles, les amours de Vinca et Phil font toujours leur petit effet à la découverte du Blé en herbe, tandis que les méditations d’Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz recueillies dans L’Amoureuse initiation auraient tendance à donner des envies de voyages romantiques et érotiques à Venise, une ville d’eau s’il en est !

Notre recette :

Une cuillerée de L'Homme que je ne devais pas aimer

Un zeste de Blé en herbe

Un plein verre de L’Amoureuse initiation

Vampiro

Comment ne pas céder à la tentation d’un cocktail évoquant le sang et les moites nuits de veille ? Parce que le vampiro désigne aussi bien un breuvage mexicain que le démon avide d’hémoglobine, sortons les canines pour le Dry January en compagnie de dignes représentants de la littérature vampirique actuelle. Elle est en plein essor ! Tracy Wolff, avec ses Assoiffés, porte au pinacle la romance surnaturelle, à l’instar de Carissa Broadbent, autrice, avec Le Serpent et le descendant de la nuit, d’une romantasy évoquant les jeux cruels d’Hunger Games et les passions façon Anne Rice. Victor Dixen excelle, de son côté, à intégrer les vampires à un univers uchronique dans Vampyria America. Autant de sagas qui font du cocktail sanguinolent un excellent ersatz littéraire au vampiro !

Notre recette :

Quelques globules des Assoiffés

Une poche remplie de Vampyria America

Une gorgée de Le Serpent et le descendant de la nuit

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